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[TEST] Dragon’s Crown

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Dragon’s Crown ne renie pas ses origines. Il est magnifique. Il transpire ce style si particulier de Vanillaware, son développeur. C’est avant toute chose une ambiance et un style graphique particulier, qui marque. Sur ce point, Dragon’s Crown remplit parfaitement son office. Les personnages, qu’ils soient masculins ou féminins, voient leur apparence physique se déformer à en devenir caricatural. Les femmes ont un séant et une poitrine qui défient les lois de la gravité et les hommes ont des épaules plus larges qu’un lit king size. Tous lesartworks sont dans un style peint, légèrement animé et c’est très beau, vraiment. Le jeu possède ainsi une identité graphique très forte. Dragon’s Crown nous offre une des plus belles directions artistiques en 2D de tous les temps.

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Le scénario vous place dans le rôle d’un aventurier prêt à aider son prochain. Rapidement, vous allez devoir aider le royaume de Hydeland à récupérer la Dragon’s Crown, couronne qui permet de contrôler les dragons. Vous avez le choix entre six personnages au gameplay résolument différent : de l’amazone à l’archer en passant par le nain, ce sont des façons quasiment opposées de voir le jeu qui s’imposent à vous. Par exemple, le magicien utilise des sceptres élémentaux, ce qui demande généralement d’avoir plusieurs sceptres sur soi pour parer à toute éventualité. D’un autre côté, l’amazone est un personnage plutôt typé action qui enchaîne les combos au corps-à-corps, souvent au détriment des HP. Dans tous les cas, il ne faut pas trop compter sur votre capacité à encaisser les coups pour vous en sortir : comme dans Muramasa, éviter les attaques des ennemis est primordial et il va falloir varier les blocages, parades, esquives et périodes d’invincibilité pour avoir une chance de vous en sortir. Le résultat, c’est un gameplay très enlevé et furieusement typé action. Un très bon point.

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Lettre d’amour à l’histoire du beat’em all, en particulier Golden Axe (oui, il y a des dinosaures domptables) et les Dungeons & Dragons de Capcom récemment revenus sur les plates-formes de téléchargement, Dragon’s Crownfait également référence à de nombreuses figures de la culture populaire en lien avec l’heroic fantasy, qu’il s’agisse de Conan le barbare, des femmes fortes de Frazetta, du Smaug de Tolkien ou des loufoqueries signées par les Monthy Python. Certains passionnés traquent les inspirations  de longue date et ont fait des trouvailles  nettement plus constructives que l’épuisante polémique entourant la représentation des personnages féminins dans le jeu. Quant aux compositions sonores accompagnant cette orgie visuelle, elles conservent la délicatesse et la force des OST ayant fait la réputation de Basiscape  et de son fondateur Hitoshi Sakimoto, collaborateur régulier de Vanillaware. On regrette presque l’absence d’un sound test à l’ancienne pour profiter des musiques divines, mais on se console un peu en découvrant les doublages anglais/japonais au choix pour les personnages, à l’exception du narrateur qui commente les événements avec style, à la façon d’un maître de jeu. Dommage que sa voix soit parfois couverte par les bruitages, en particulier lorsqu’il donne des indications utiles contre les boss alternatifs et inoubliables que l’on doit souvent affronter d’une manière particulière pour espérer vaincre.

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 C’est d’ailleurs une autre grande force du titre, dont la difficulté progressive est globalement bien calibrée en solo pour peu qu’on fasse attention aux subtilités de game design. L’usage intelligent des runes gravées dans les environnements, le choix judicieux d’objets de soin et de soutien ou la décision d’embarquer des partenaires contrôlés par une IA – malheureusement défaillante dans un bon nombre de situations piégeuses – pèse aussi lourd dans la balance que le niveau d’expérience, les équipements portés et la dextérité pure du joueur. L’état des finances est aussi à prendre en compte dans l’équation, car à la manière d’un jeu d’arcade, le continue est payant une fois les vies épuisées. Et la taxe augmente de manière exponentielle selon le niveau de l’allié et du nombre de nouvelles chances déjà cramées. En multijoueur, ce détail est en revanche moins important si l’on ne fait pas équipe avec des branques. Dragon’s Crown s’assure d’ailleurs de ne pas jeter les débutants dans le grand bain sans entraînement, par un procédé consistant à bloquer les parties en réseau (local ou en ligne) tant qu’on n’a pas atteint la moitié de l’histoire en solitaire. Concrètement, il faut compter en moyenne six heures avant de pouvoir rejoindre une partie ou inviter du monde dans la sienne, à moins d’opter pour la version PS3 et son multi local classique.

Note et conclusion : 

17

Il est rare de croiser un jeu de niche absolu qui ait des aspirations de blockbuster mainstream et qui nous interpelle autant. À quand remonte la dernière fois que l’on a joué à un beat them all aussi bon ? On tape et on assomme, c’est de l’heroic fantasy en or massif, si pur qu’il nous enveloppe dans ses bras musclés, pour peu que l’on accepte son parti-pris caricatural. Mais quand on aime taper, on s’en moque. Chaque élément est à sa place, entier, mûrement réfléchi, comme si les développeurs de Vanillaware ont réussi à créer exactement le jeu qu’ils voulaient faire, un véritable manifeste de l’arcade old school, mais résolument moderne. « Il ne faut jamais se moquer des dragons vivants » faisait dire Tolkien à son héros. Il avait bien raison, ceux de Dragon’s Crown n’ont jamais été aussi rugissants.

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